26.11.2006
Song of Four Seasons
« Avec mes dents
J'ai pris la vie
Sur le couteau de ma jeunesse.
Avec mes lèvres aujourd'hui,
Avec mes lèvres seulement...»
René Char (Jeu muet)
18:55 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Samourai Champloo
13.11.2006
Prenzlaurberg
« Depuis toujours je me sépare de ce que j’aime. »
Maulpoix (L'instinct de ciel)
21:05 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Beirut, Gulag Orkestar
29.10.2006
Aarnivalse
« [...] Le droit élémentaire de toute personne vivant sur cette terre: disparaître sans rendre compte de sa disparition. Ecrire est une variante de ce droit, un peu bavarde sans doute, mais si pratique.»
Bobin (La folle allure)
15:05 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Gonzales, Solo Piano
23.10.2006
Sir Duke
« Les hommes ont des maisons: mais ils sont des vérandas.»
Baricco (City)
Cette maison n’a pas de porte.
On est soit dehors, soit dedans.
Question de volonté et d’imagination.
Et pourtant quel va-et-viens
19:20 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Baricco, Stevie Wonder
15.10.2006
River Man
« Et puis nous étions un dimanche soir, et les dimanches soir laissent de drôles de souvenirs, comme de petites parenthèses de néant dans votre vie. »
Modiano (Accident nocturne)
20:00 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Modiano, accident nocturne, Nick Drake
26.08.2006
I Killed My Best Friend
« Il faut imaginer ça. Un train lancé dans une course furieuse sur deux lames de fer, et dans ce train un petit coin d’immobilité magique minutieusement découpé par le compas d’une petite flamme. La vitesse du train et la fixité du livre éclairé. L’éternellement changeante multiformité du monde tout autour, et le microcosme pétrifié d’un œil qui lit. Comme un noyau de silence au cœur d’une détonation. Si l’histoire n’était pas vraie, si ce n’était pas la vraie histoire, on pourrait se dire : c’est juste une jolie métaphore exacte. Au sens où peut-être, toujours, et pour tout le monde, lire ce n’est jamais que fixer un point pour ne pas se laisser séduire, et détruire, par la fuite incontrôlable du monde. On ne lirait pas, rien, si ce n’était par peur. Ou pour renvoyer à plus tard la tentation d’un désir destructeur auquel, on le sait, on ne saura pas résister. On lit pour ne pas lever les yeux vers la fenêtre, voilà la vérité. Un livre ouvert c’est toujours la présence assurée d’un lâche – les yeux cloués sur ces lignes pour ne pas se laisser voler le regard par la brûlure du monde – les mots qui l’un après l’autre poussent le fracas du monde vers un sourd entonnoir par où il s’écoulera dans ces petites formes de verre qu’on appelle des livres – le moyen le plus raffiné de battre en retraite, voilà la vérité. Une obscénité. Et cependant : la plus douce. »
Alessandro Baricco (Châteaux de la colère)
13:00 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, le volume courbe
23.08.2006
Death On The Stairs (new recording)
« A UN AMI
Mon ami, vous me demandez si je pourrais retrouver quelques-uns de mes anciens vers, et vous vous inquiétez même d’apprendre comment j’ai été poète, longtemps avant de devenir un humble prosateur.
Je vous envoie les trois âges du poète – il n’y a plus en moi qu’un prosateur obstiné. J’ai fait les premiers vers par enthousiasme de jeunesse, les seconds par amour, les derniers par désespoir. La Muse est entrée dans mon cœur comme une déesse aux paroles dorées ; elle s’en est échappée comme une pythie en jetant des cris de douleur. Seulement, ses derniers accents se sont adoucis à mesure qu’elle s’éloignait. Elle s’est détournée un instant, et j’ai revu comme en un mirage les traits adorés d’autrefois !
La vie d’un poète est celle de tous. Il est inutile d’en définir toutes les phases. Et maintenant :
Rebâtissons, ami, ce château périssable
Que le souffle du monde a jeté sur le sable.
Replaçons le sopha sous les tableaux flamands...* »
Nerval (Petits Châteaux de Bohème)
* Vers d'Arsène Houssaye
11:00 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, the libertines
20.07.2006
The Mighty O
« Alors, entraînés par un charme, quand nous croyions ne l’être que par la beauté des lieux, nous parvînmes jusque dans un péristyle qui était à l’entrée du palais ; mais nous y étions à peine, que le marbre sur lequel nous marchions, solide en apparence, s’écarte et fond sous nos pas : une chute imprévue nous précipite sous le mouvement d’une roue armée de fers tranchants qui séparent en un clin d’œil toutes les parties de notre corps les unes des autres, et ce qu’il y eut de plus étonnant, c’est que la mort ne suivit pas une aussi étrange dissolution.
Entraînées par leur propre poids, les parties de notre corps tombèrent dans une fosse profonde, et s’y confondirent dans une multitude de membres entassés. Nos têtes roulèrent comme des boules. Ce mouvement extraordinaire ayant achevé d’étourdir le peu de raison qu’une aventure aussi surnaturelle m’avait laissée, je n’ouvris les yeux qu’au bout de quelque temps, et je vis que ma tête était rangée sur des gradins à côté et vis-à-vis de huit cents autres têtes des deux sexes, de tout âge et de tout coloris. Elles avaient conservé l’action des yeux et de la langue, et surtout un mouvement dans les mâchoires qui les faisait bâiller presque continuellement. »
(Cazotte, cité par Gérard de Nerval dans Les Illuminés.)
09:10 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, illuminés, outkast
10.05.2006
Unintended
« C’est à l’autre, à Borges, que les choses arrivent. Moi, je marche dans Buenos Aires, je m’attarde peut-être machinalement, pour regarder la voûte d’un vestibule et la grille d’un patio […]. Il serait exagéré de prétendre que nos relations sont mauvaises. Je vis et me laisse vivre, pour que Borges puisse ourdir sa littérature et cette littérature me justifie […]. Au demeurant, je suis condamné à disparaître, définitivement, et seul quelque instant de moi aura chance de survivre dans l’autre. […]. De cette façon, ma vie est une fuite où je perds tout et où tout va à l’oubli ou à l’autre.
Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page. »
Jorge Luis Borges
00:46 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
09.05.2006
The Raconteurs
Steady As She Goes
Je ne peux pas résister aux flaques d’eau.
En ce moment, mes chaussures sont trouées.
Alors pour ne pas avoir les pieds mouillés, j’enfile par-dessus mes chaussettes, un petit sac plastique, comme ceux que ma mère utilisait afin de protéger la pomme qu’elle glissait dans mon cartable pour le goûter.
Hands
Les Hommes sont des couleurs.
Quel visage aurait la terre depuis la lune.
Broken Boy Soldier
Où la valse des vers de terre.
Ils voyagent sur le bitume, entiers ou estropiés, entre les herbes coupées et les papiers, gluants, ils s’allongent roses ou gris et se rétractent sans pouvoir éviter le caoutchouc d’une semelle ou d’une roue.
Intimate Secretary
Je quittai le trottoir, passant entre deux voitures parquées, sourd aux babillements d’un monde sans pétillement, en terminant de boutonner ma veste, je traversai la route. Tout le poids de mon corps reposait sur les orteils de mon pied gauche, quand, resté en équilibre, mon nez frôlait la peinture grenat d’une automobile bien pressée. A une note près, je giclai.
La chanson était belle pourtant.
Pour vivre heureux, il faut connaître le moment de sa mort ou se croire éternel.
Together
Il pleut.
Calmement.
On pourrait rester dans notre lit,
A regarder tomber la pluie,
Ou se dire au revoir.
Level
Toute ma vie dans mon enfance.
Je suis sorti de cette prison, pour mourir dans le vide, comme un astronaute quitterait son vaisseau. Les enfants heureux devraient avoir le droit d’être exécuté à onze ans sur un air de piano désaccordé.
Store Bougth Bones
Je suis un homme capuchon.
Yellow Sun
La marque jaune au bout du majeur, peinte sur la fausse bosse de l’écrivain.
Call It A Day
Stadium Arcadium, indigeste.
Les poivrons rouges n’arriveront-ils donc jamais à trouver la bonne épice pour cuisiner un plat complet ?
Blue Veins
« D’après la théorie communément acceptée de la nécessité d’un manque de symétrie afin d’être original, je puis donc dire qu’il est recommandable que l’on donne à la tête des nouveau-nés un coup délicat le poing fermé, lequel, sans rien compromettre de la symétrie du cerveau, l’affolera un peu. Je ne vous conseille pas cependant de frapper sur le front, sur la tête, derrière ou encore sur les côtés, puisque cela n’affecterait en rien la symétrie. Dans les trois premiers cas, en effet, les deux côtés seraient touchés de manière égale et dans le dernier, il y aura une réaction du côté opposé au lieu du coup de poing. Je recommande donc, humblement, de porter le coup exactement sur l’un des deux coins extérieurs de l’œil, puisque des parties d’une structure et d’une situation totalement différentes du cerveau seraient alors mis en réaction. Le résultat nécessaire est que la plus belle asymétrie du cerveau est préservée. J’ai cependant souvent remarqué la cœur chagrin que la mode est aux coups sur la tête, à ces taloches distribuées dans nos écoles seulement en société nombreuse, vaine pratique parce qu’ensuite les têtes sont habituellement déjà parties dans le bois. Il y a des exemples de personnes qui sont tombées sur la tête, ou à qui l’on a donné dessus du gourdin et qui ont, quelquefois, commencé de prophétiser et d’autre de réfléchir sur les choses du monde, comme le reste des hommes. Cela s’appelait faire trop de bien, et j’explique cela encore par une altération de la symétrie cérébrale ; cependant, nul ne peut nier que la tête la plus enviée et adulée de ce monde serait celle qui n’aurait pas de côté, et qu’il faudrait enfermer à Bedlam*, si l’autre n’existait pas ; ce sont là les grandes âmes qui sont semblables au singe ou à l’ange et qui s’expriment parfois avec les niaises pensées des premiers ou avec la période résonnante des seconds, ou bien encore par les idées lumineuses de ceux-ci jumelées aux incompréhensibles mimiques de ceux-là. D’ailleurs : pourquoi donc les hommes se frappent-ils la tête lorsqu’ils ignorent quelque chose ? C’est là un usage qui est naturel à l’homme...»
* Bedlam : asile d’aliénés de Londres
Lichtenberg (Le couteau sans lame)
18:40 Publié dans Symphonicides | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Littérature