07.02.2007
Bang Bang You're Dead
Il y a, je crois, dans ma vie, deux réalités.
La réalité sociale, communautaire, celle créée par nos visions réunies, peut-être fausses.
Ma réalité propre.
Chacune d’elles possède un mode.
Dans la première, je suis actif, j’apprends, je réfléchis, je fais, j’agis, je crée. Je gagne de l’argent, je régis mon quotidien, j’administre mes heures, je rationalise mon être.
Dans la seconde, je suis passif. Je pense, je rêve, je suis indifférent. Je végète, je baigne dans la relativité, la non-représentation de l’univers, l’insensé, le « ah quoi bon ».
Nous naissons dans la première, assurément et parfois nous glissons dans la seconde, progressivement.
Je m’érode comme la terre et dans mes veines coule « soit la folie, soit la mort ».
Cela fait bientôt deux ans et demi que je voyage entre les deux.
Je suis parti ou plutôt j’ai fui cette réalité première dans laquelle j’excellais pour pouvoir supporter les inconvénients qu’elle m’avait imposé. Ce transport initial m’a permis de vaincre ses défis à l’abri des piques de la bêtise. Seulement, j’avais résidé trop longtemps dans cette antichambre du paradis. Je m’y étais accoutumé, et intoxiqué, je devais y séjourner de plus en plus régulièrement. Je ratais une année d’étude. On me tendit une main inquiète qui me ramena de l’autre côté. Cependant la douche n’avait pas été assez froide.
Je réussis les examens de rattrapage.
Comme la plupart des drogués, après cette courte mais salutaire cure, je sombrai à nouveau.
Depuis, je vague, élargissant le passage entre mes deux états.
Et l’ivresse qui tout brouille.
Je me pare de doutes.
Dans quelle jarre réside la vérité ?
Le vieux potier, un peu bourru, la peau ridée par le soleil, assis, loqueteux, sur le tapis de sa vie, un brin mystique à cause du vin bon marché, répondrait de sa voix rogomme que « cette saloperie de vase oriental, faut le façonner soi-même, gamin ».
Les grands mots n’ont plus de sens.
Même aveugle, je ne peux les suivre comme un homme aux yeux crevés.
Entre les deux berges, il n’y a pas de repères, pas de phare.
Reste un équilibre, un fragile équilibre.
23:20 Publié dans Le journal d'Edward Whymper | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Dirty Pretty Things