01.12.2006
Edward Scissorhands
Je pars faire tomber la neige dans une petite ville.
00:20 Publié dans Le journal d'Edward Whymper | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : écriture, tim burton
29.11.2006
Easy Living
Assis dans une petite chambre.
Billie Holliday grésille, s’entourant de son orchestre comme d’une douce et chaude écharpe.
La pénombre s’écoule sur les murs.
J’ouvre la fenêtre, enfile une polaire, roule un joint et je fume une nuit de novembre sans neige.
Une parenthèse de vie.
***
La cime des arbres décharnés est collée sur une couche de brouillard, fumée froide, grisâtre d’une ville éteinte.
Pas de ruelle brasier. Jamais.
Au dessus, dans le lointain, le ciel s’étire.
Il reste une fin de nuages en coquillage.
En dessous, les lampadaires sont des boules de noël dans une triste forêt.
Des guirlandes de voitures d’un autre temps.
***
Le crépuscule est le champ de bataille figé où se battent la nature et la ville pour nous éclairer.
Une histoire de musée.
***
Le cul de joint presque mort finit par la fenêtre, il vrille, en parabole.
Le disque s’arrête entendant son silence.
Un désagréable cri de métal produit par une clé et une serrure.
Le déclique d’une porte qui se laisse ouvrir.
Un lourd trousseau qui s’abat en sourdine.
Le filtre bricolé a touché le fond, entre les herbes mouillées.
La nuit est là.
La parenthèse éclate,
Comme une bulle de savon.
20:45 Publié dans Le journal d'Edward Whymper | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture, billie holiday
21.11.2006
Do I Have Your Attention (Old L.A. recording)
Blanche Neige arriva, me tendit une tasse de thé et dit :
– Pour vivre, pas besoin d’amis, pas besoin d’amour, juste des spectateurs.
Je trempais les lèvres pour me les brûler :
– Et la famille ?
– Ça n'existe que dans les contes de fées, du flan pour les gosses. En vrai, nous sommes tous des orphelins prisonniers.
14:10 Publié dans Saynètes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, The Blood Arm, Lie Lover Lie, somnambulisme
16.11.2006
The Brainwasher
Je me suis assis sur mon lit.
J’avais le front brûlant, la cervelle qui bouillonnait.
Lorsque le monde fulgurant fut aspiré par mes yeux.
Comme une bête, la nuque emporta le reste de ma tête dans un mouvement de retrait.
Respiration bloquée.
L’univers se figea aux portes de mon âme et se remit en place.
Silence.
A l’instant, la canalisation de plastique qui amène mon sang jusqu’au cerveau s’est percée au niveau des tempes. J’entends le liquide chaud gicler sauvagement sur les façades de ma boîte crânienne, je sens ses crachats de haine qui s’écrasent et qui pénètrent la fine chair rose de mon esprit, le défigurant comme de vulgaires impacts de balles sur le mur d’un condamné.
C’est la pression de mon cœur qui me tue. Un ravalement de l’être, façon karsher sanguin.
Je tangue comme un tuyau d’arrosage.
La fumée de mes poumons remonta le long de ma gorge calcinée, s’enroula autour de ma moelle épinière et finit par se condenser au-dessus de mes circonvolutions tel un noir nuage.
Ayant pris l'aspect d’une fine tige d’argent, elle plongea à vif dans mon cerveau, jusqu’en son milieu. De la pointe se déployèrent trois palmes acérées formant une hélice.
La tige se mit à tourner, commença alors la grande charcuterie.
Sueur.
Il y a quelque chose dans la rue. Sale, habillé d’un lourd manteau d’immondices. Il tape du pied sur le bitume, furieusement, jusqu’à le fendre. Il m’appelle. Je tremble de la jambe. Je suis toujours assis au bord de mon lit. J’enfile mes chaussures, je pars.
Courir, la musique explosant les tympans.
Gueuler dans la nuit froide, la bouche ouverte expirant jusqu’au dernier souffle de vie, puis la respiration mécanique laissant pénétrer l’air glacé, subir le choc électrique qui nous ranime.
Le vent siffle entre mes crocs.
09:05 Publié dans Feuilles volantes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, ivresse d'une fin d'après-midi, Daft Punk, Human after all
14.11.2006
Supertaste
Journal de bord, 19 Juin 18**
Nous sommes arrivés, enfin.
Il m’a fallu plusieurs pages de brouillon pour structurer mes pensées, ivre des montées d’excitation qui me prenait la gorge.
Je ne vais pas m’étaler sur l’enfer que nous avons vécu jusqu’à présent, j’ai déjà noirci de trop nombreuses feuilles dans mon carnet depuis le début de notre voyage. La fièvre par laquelle nous sommes tous passés, les essaims de moustiques, l’humidité, les nuits sans sommeil, mais surtout, cette anxiété d’avoir emporter dans une funeste chimère ce groupe improbable d’ahuris chercheurs, de baroudeurs sauvages et de furieux rêveurs, tous ces cinglés – comme moi – qui au fil des épreuves sont devenus de véritables amis.
Cette peur qui me rongeait m’a finalement quitté ce matin, lorsque nos machettes ont percé l’épaisse carapace de la forêt et que nos sept têtes se sont serrées – la sueur collant la peau de nos visages pour ne former plus qu’une seule figure – juste pour voir, comme des gamins épiant l’interdit par un trou de serrure.
Cela dépassa toutes mes espérances.
Quelle joie, quelle joie, quelle joie !
Depuis notre arrivée, nous n’avons pas encore exploré sérieusement les alentours. Nos premières observations, devenues instinctives, ne nous ayant pas montré de réels dangers, nous avons monté le camp, tant nous avions besoin du délassement des héros et du repos des guerriers.
Il semblerait que nous nous trouvions sur un haut plateau, un peu comme sur un volcan bouché, incroyablement entouré de verdure. Je n’ai jamais vu ça.
Personne ne s’était aperçu que nous montions pendant tous ces jours de marche, certainement la fatigue. Depuis mes heures de délire dus à la maladie, je ne suis même pas sûr du mois ni du jour que nous vivons, malgré mes écritures journalières dans mon carnet.
Nous sommes en hauteur, et pourtant, nous ne pouvons plus voir en bas. A peine arrivés, un brouillard sans filtre avait recouvert la forêt d’où nous venions. Pour l’instant, l’inquiétude n’a encore gagné personne, bien que je me pose des questions. Nous sommes comme dans une bulle vitrée sans reflet, coupés du monde.
Je m’étonne de ne pas être terrifié par la description des lieux que je m’apprête à écrire. Quelqu’un de normal me prendrait pour un fou ou pour un mort, mais les autres n’ont pas l’air surpris par l’endroit. Il y a belle lurette que nous ne sommes plus normaux. Pourtant, je suis serein, apaisé, je me sens protégé des horreurs du monde.
Ici, l’atmosphère est rose.
Le reste, enrobé de pastel.
Désert lunaire,
Oasis de vanille.
Une vaste confiserie stellaire.
La gravité est faible.
Tout est ralenti. Ma montre s’est arrêtée.
Dans une grande cuve, on a fondu le jour et la nuit.
La nature est sucrerie.
Sous les arbres en pain d’épices, au bord des cascades de sirop, nous mangeons des cœurs d’or et fumons des sucres d’orge.
Le silence est rare, nous entendons de doux rires féminins, comme si, buvant du champagne, de charmantes demoiselles trempaient leurs orteils dans un lac de chocolat tiède.
Je suis sous ma tente, je n’ai pas soif, je n’ai pas faim.
Sommes nous arrivés ce matin ?
J’entends un chant.
« Jardin des planètes
La vie en sauce.
Chocolat.
Coke & cigarettes. »
23:15 Publié dans Symphonicides | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture, musique, Supertaste, Jardin des planètes, supermariobros 2
05.11.2006
Behind Blue Eyes
Le ciel flambe.
Dilué, il s’éteint.
La bouteille d’encre vacille sur le bureau céleste.
Elle basculera à l’heure. Comme toujours.
Elle cogne sourdement contre le sol. Le bleu profond s’échappe lentement et commence à remplir l’espace.
Le ciel se noie, en silence.
Il se fracture en deux comme le rideau d’une scène pour laisser paraître ses étoiles.
Je pars et je reviens dans les innombrables morts du ciel.
Le ciel n’existe pas.
Et pourtant, il meurt d’une façon infinie.
Emmitouflés sur un banc rouge, ils regardaient le ciel sourire.
Attendri, il s’enfuit pour les laisser s’échanger un baiser.
Il faut être seul pour mourir avec le ciel.
20:20 Publié dans Les Chantiers orientaux | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : écriture, The Who
02.11.2006
The Madcap Laughs
La pluie violette comme l’encre de nos plumes, quand elle tombe, s’oxyde à nos yeux et nous rend sa beauté incolore.
Debout, la plante des pieds sur le radiateur brûlant, le front collé contre la vitre glacée.
Je suis un homme à la fenêtre.
La bise est un baiser froid, un couteau sans lame sectionnant les bras tièdes du soleil.
Lorsque ils s’écrasent, ils déversent un torrent de sang qui parfois éclabousse la pointe fade de mes chaussures. Il n’y a pas de pont pour traverser ces fleuves. On reste sur la grève à se regarder dans les flots.
Alors, un frisson de fièvre me caresse.
Les ailes fines des papillons fragiles s’agitent et étincellent. A leur contact, les corps de lune prennent feu et explosent paisiblement, dégageant ainsi de la chaleur effervescente, une floraison d’énergie souriante, c’est une chimie du transport, une création artificielle du sublime.
Le soleil sera mort un moment.
21:55 Publié dans Les Chantiers orientaux | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : écriture, Syd Barrett, long gone
01.11.2006
Smile
Je sifflotais sur mon vélo quelques notes cabossées qui s’en allaient mourir dans l’air doux d’un crépuscule d’automne.
19:40 Publié dans La main coupée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, K'naan, The Dusty Foot Philosopher, bout de vie
26.10.2006
After School Special
– Tu sais pourquoi il n’y pas de bons dialogues dans la vie vraie, décida Terry ?
– Parce qu’on est pas des bons acteurs, essaya Bradley ?
– Faux. C’est parce qu’on est vivant pour la première fois.
– Hum, signifia le froncement des sourcils de Bradley.
– Tu vois, dans les films, dans les livres, les personnages, ils sont déjà morts des centaines de fois et ils ont déjà ressuscité tout autant. Ils ont eu le temps de peaufiner et de répéter leurs répliques et tout, avant de faire le spectacle devant nos mirettes de naïfs ébahis, un peu comme des comédiens de théâtre. Quand tu te dis que le mec assure, c’est juste qu’il était prêt, que sa réponse, elle était millimétrée pour te faire écarquiller les yeux, mon pote. Alors que dans notre fiction à nous et bien le truc, il t’arrive dans la face, d’un coup sec, imprévisible, tu vois comment ? Le « tout d’un coup soudain », on peut rien y faire nous, on est pas prêt à ça. Alors on passe pour des cons.
C’est ça la vie.
23:10 Publié dans Saynètes | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : écriture, Detroit Grand Pubah, les grands penseurs
11.10.2006
Sunny Road
Fixons cette balançoire aux étoiles, je sauterai dans l’univers.
21:05 Publié dans La main coupée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture, Emiliana Torrini, Fisherman's Woman