16.02.2009

Gift of gab

Je suis un fragment de météorite,
un bout de la carcasse d'un satellite,
j'erre dans l'espace, observateur inutile et fatigué,
attendant de disparaître, d'un coup de fuseau,
afin de traverser, éclatant, entre les mailles du filet de la vie.

28.01.2008

Crucial

Le corps chargé d'émotions,
au contact des souvenirs naissant, de l'amertume de ces instants

– hors de –

gaspillés, vécus, en retrait, à moitié.

L'esprit vide et trop heureux se prescrit sa dose mélancolique – on pleure comme les morts; sans larmes.
On plane à l'écoute des dernières heures enregistrées, qui se désagrègent à force d'être rembobinées.
Angoisse d'une relecture vierge.

L' impression que la main d'une vie possible s'est enfoncée par notre bouche jusqu'aux intestins, qu'elle nous a retourné de l'intérieur comme une vulgaire chaussette,
Nos organes exposés sans défense aux fureurs humaines,
nul refuge pour nous protéger, nul souterain pour y enfermer encore une fois notre coeur, nul labyrinthe pour le cacher.
Cette pierre rouge sang, caressant le monde, dénudant nos sentiments et souriant sous la pluie des flèches enflammées de nos bourreaux,
Pour nous transformer en ce papillon électrique et éphémère.

En se réveillant, ce n'est plus qu'un rêve mort-né.

17.06.2007

The Only 1

Il suffit de tirer le sachet de thé par mégarde hors de sa tasse pour inonder le monde de quelques gouttes,
Se réveiller.
Poser sa joue sur le bord tiède,
Engloutie dans l’alcôve du thé qui reçoit notre amertume silencieuse,
En fuite. La main réchauffée par la chair de porcelaine.
Quand il pleut.
C’est comme coucher sa tête sur le ventre d’une femme.

07.02.2007

Bang Bang You're Dead

Il y a, je crois, dans ma vie, deux réalités.
La réalité sociale, communautaire, celle créée par nos visions réunies, peut-être fausses.
Ma réalité propre.

Chacune d’elles possède un mode.
Dans la première, je suis actif, j’apprends, je réfléchis, je fais, j’agis, je crée. Je gagne de l’argent, je régis mon quotidien, j’administre mes heures, je rationalise mon être.
Dans la seconde, je suis passif. Je pense, je rêve, je suis indifférent. Je végète, je baigne dans la relativité, la non-représentation de l’univers, l’insensé, le « ah quoi bon ».

Nous naissons dans la première, assurément et parfois nous glissons dans la seconde, progressivement.
Je m’érode comme la terre et dans mes veines coule « soit la folie, soit la mort ».

Cela fait bientôt deux ans et demi que je voyage entre les deux.
Je suis parti ou plutôt j’ai fui cette réalité première dans laquelle j’excellais pour pouvoir supporter les inconvénients qu’elle m’avait imposé. Ce transport initial m’a permis de vaincre ses défis à l’abri des piques de la bêtise. Seulement, j’avais résidé trop longtemps dans cette antichambre du paradis. Je m’y étais accoutumé, et intoxiqué, je devais y séjourner de plus en plus régulièrement. Je ratais une année d’étude. On me tendit une main inquiète qui me ramena de l’autre côté. Cependant la douche n’avait pas été assez froide.
Je réussis les examens de rattrapage.
Comme la plupart des drogués, après cette courte mais salutaire cure, je sombrai à nouveau.
Depuis, je vague, élargissant le passage entre mes deux états.
Et l’ivresse qui tout brouille.

Je me pare de doutes.
Dans quelle jarre réside la vérité ?
Le vieux potier, un peu bourru, la peau ridée par le soleil, assis, loqueteux, sur le tapis de sa vie, un brin mystique à cause du vin bon marché, répondrait de sa voix rogomme que « cette saloperie de vase oriental, faut le façonner soi-même, gamin ».

Les grands mots n’ont plus de sens.
Même aveugle, je ne peux les suivre comme un homme aux yeux crevés.
Entre les deux berges, il n’y a pas de repères, pas de phare.
Reste un équilibre, un fragile équilibre.

01.12.2006

Edward Scissorhands

Je pars faire tomber la neige dans une petite ville.

29.11.2006

Easy Living

Assis dans une petite chambre.
Billie Holliday grésille, s’entourant de son orchestre comme d’une douce et chaude écharpe.
La pénombre s’écoule sur les murs.
J’ouvre la fenêtre, enfile une polaire, roule un joint et je fume une nuit de novembre sans neige.
Une parenthèse de vie.

***

La cime des arbres décharnés est collée sur une couche de brouillard, fumée froide, grisâtre d’une ville éteinte.
Pas de ruelle brasier. Jamais.
Au dessus, dans le lointain, le ciel s’étire.
Il reste une fin de nuages en coquillage.
En dessous, les lampadaires sont des boules de noël dans une triste forêt.
Des guirlandes de voitures d’un autre temps.

***

Le crépuscule est le champ de bataille figé où se battent la nature et la ville pour nous éclairer.
Une histoire de musée.

***

Le cul de joint presque mort finit par la fenêtre, il vrille, en parabole.
Le disque s’arrête entendant son silence.
Un désagréable cri de métal produit par une clé et une serrure.
Le déclique d’une porte qui se laisse ouvrir.
Un lourd trousseau qui s’abat en sourdine.
Le filtre bricolé a touché le fond, entre les herbes mouillées.
La nuit est là.
La parenthèse éclate,
Comme une bulle de savon.

27.09.2006

L'illusion comique

Déjà enfant, j’aimais vivre dans les rêves.
J’aurais voulu les faire naître chaque soir, juste avant la survenue du sommeil. J’essayais de visualiser un début d'histoire, de créer un guide onirique, un « on dirait que » ressassé nuit après nuit. Ce voyage auquel je me préparais, c’était une évasion, comme un livre éveillé, l’aventure était une finalité en elle-même, il n’y avait pas de trésor à découvrir, pas de refuge à construire. Evidemment rechercher la clef des songes ne faisait que resserrer ma camisole de tissus. Mais parfois, j'arrivais à limer les barreaux de mon lit, délaissant le poids de mes draps de fer, je me retrouvais ailleurs. C’est un instant particulièrement exaltant de se savoir en plein rêve, de s’en rendre compte, sans avoir la maîtrise sur les choses et sur les personnes, de ne pas pouvoir décider, ni prévoir ce qu’il va se passer, vivre pleinement une autre réalité, alors qu’on se trouve dans sa propre tête. Ce moment d’illumination, lorsque un acteur raté rencontre le metteur en scène de sa vie, lorsqu’ils se dévisagent puis jouent pour leur unique spectateur qui toujours resquille, c’est l’apogée du rêve, l’annonce que le train de la nuit revient en gare.
Toute drogue est le wagon d’une montagne russe, mais parfois, il y a un trou entre les rails de la descente et celles de l’arrivée.
Alors, pour certain, il n’y a pas de réveil.

11.09.2006

The killing moon

S’enfoncer dans la nuit.

Le regard sablé, effleurer les grands arbres.
Sur la route droite, il n’y a pas de lune, il n’y a pas de lac.
De ce doux cercueil de verre, s’élancer allegretto, sous le ciel noir, sous la pluie de notes, dans la mer sommeilleuse.
Foncer à tout berzingue, bercé de vrombissements.
Les yeux jaunes, réveiller la forêt, dévorer la route, le temps, la rouille.
Un mur, un virage, s’écraser, s’envoler.

03.07.2006

Like A Rolling Stone

Emmêlé dans les heures creuses, après s’être quitté, on se retrouve seul, à déjà respirer la nostalgie des quelques jours passés. On se rattache aux sensations, ces moments qui s’enfuient comme du savon, embryons de souvenirs, on transpire la musique partagée, revivre encore un peu ensemble, à l’unisson, avant d’être happé par le quotidien.
Au croisement des visages heureux de votre retour, entouré des vampires hypocrites, il faut, subitement maussade, affronter par le sourire ces êtres malheureux qui se nourrissent de votre vie, qui vous enjoignent à raconter votre cœur comme on quémande une clope, vous fument vos dernières secondes de plaisir pour vous écraser dans le cendrier ocre de leurs regrets et avec eux partir en fumée.
Sur les photos, le reflet n’est plus le même, ces colorants artificiels ne comblent en rien la carence en sentiments.
Tout ne sera plus jamais pareil, jusqu’à la prochaine fois.