26.11.2006
Song of Four Seasons
« Avec mes dents
J'ai pris la vie
Sur le couteau de ma jeunesse.
Avec mes lèvres aujourd'hui,
Avec mes lèvres seulement...»
René Char (Jeu muet)
18:55 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Samourai Champloo
21.11.2006
Do I Have Your Attention (Old L.A. recording)
Blanche Neige arriva, me tendit une tasse de thé et dit :
– Pour vivre, pas besoin d’amis, pas besoin d’amour, juste des spectateurs.
Je trempais les lèvres pour me les brûler :
– Et la famille ?
– Ça n'existe que dans les contes de fées, du flan pour les gosses. En vrai, nous sommes tous des orphelins prisonniers.
14:10 Publié dans Saynètes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, The Blood Arm, Lie Lover Lie, somnambulisme
16.11.2006
The Brainwasher
Je me suis assis sur mon lit.
J’avais le front brûlant, la cervelle qui bouillonnait.
Lorsque le monde fulgurant fut aspiré par mes yeux.
Comme une bête, la nuque emporta le reste de ma tête dans un mouvement de retrait.
Respiration bloquée.
L’univers se figea aux portes de mon âme et se remit en place.
Silence.
A l’instant, la canalisation de plastique qui amène mon sang jusqu’au cerveau s’est percée au niveau des tempes. J’entends le liquide chaud gicler sauvagement sur les façades de ma boîte crânienne, je sens ses crachats de haine qui s’écrasent et qui pénètrent la fine chair rose de mon esprit, le défigurant comme de vulgaires impacts de balles sur le mur d’un condamné.
C’est la pression de mon cœur qui me tue. Un ravalement de l’être, façon karsher sanguin.
Je tangue comme un tuyau d’arrosage.
La fumée de mes poumons remonta le long de ma gorge calcinée, s’enroula autour de ma moelle épinière et finit par se condenser au-dessus de mes circonvolutions tel un noir nuage.
Ayant pris l'aspect d’une fine tige d’argent, elle plongea à vif dans mon cerveau, jusqu’en son milieu. De la pointe se déployèrent trois palmes acérées formant une hélice.
La tige se mit à tourner, commença alors la grande charcuterie.
Sueur.
Il y a quelque chose dans la rue. Sale, habillé d’un lourd manteau d’immondices. Il tape du pied sur le bitume, furieusement, jusqu’à le fendre. Il m’appelle. Je tremble de la jambe. Je suis toujours assis au bord de mon lit. J’enfile mes chaussures, je pars.
Courir, la musique explosant les tympans.
Gueuler dans la nuit froide, la bouche ouverte expirant jusqu’au dernier souffle de vie, puis la respiration mécanique laissant pénétrer l’air glacé, subir le choc électrique qui nous ranime.
Le vent siffle entre mes crocs.
09:05 Publié dans Feuilles volantes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : écriture, ivresse d'une fin d'après-midi, Daft Punk, Human after all
14.11.2006
Supertaste
Journal de bord, 19 Juin 18**
Nous sommes arrivés, enfin.
Il m’a fallu plusieurs pages de brouillon pour structurer mes pensées, ivre des montées d’excitation qui me prenait la gorge.
Je ne vais pas m’étaler sur l’enfer que nous avons vécu jusqu’à présent, j’ai déjà noirci de trop nombreuses feuilles dans mon carnet depuis le début de notre voyage. La fièvre par laquelle nous sommes tous passés, les essaims de moustiques, l’humidité, les nuits sans sommeil, mais surtout, cette anxiété d’avoir emporter dans une funeste chimère ce groupe improbable d’ahuris chercheurs, de baroudeurs sauvages et de furieux rêveurs, tous ces cinglés – comme moi – qui au fil des épreuves sont devenus de véritables amis.
Cette peur qui me rongeait m’a finalement quitté ce matin, lorsque nos machettes ont percé l’épaisse carapace de la forêt et que nos sept têtes se sont serrées – la sueur collant la peau de nos visages pour ne former plus qu’une seule figure – juste pour voir, comme des gamins épiant l’interdit par un trou de serrure.
Cela dépassa toutes mes espérances.
Quelle joie, quelle joie, quelle joie !
Depuis notre arrivée, nous n’avons pas encore exploré sérieusement les alentours. Nos premières observations, devenues instinctives, ne nous ayant pas montré de réels dangers, nous avons monté le camp, tant nous avions besoin du délassement des héros et du repos des guerriers.
Il semblerait que nous nous trouvions sur un haut plateau, un peu comme sur un volcan bouché, incroyablement entouré de verdure. Je n’ai jamais vu ça.
Personne ne s’était aperçu que nous montions pendant tous ces jours de marche, certainement la fatigue. Depuis mes heures de délire dus à la maladie, je ne suis même pas sûr du mois ni du jour que nous vivons, malgré mes écritures journalières dans mon carnet.
Nous sommes en hauteur, et pourtant, nous ne pouvons plus voir en bas. A peine arrivés, un brouillard sans filtre avait recouvert la forêt d’où nous venions. Pour l’instant, l’inquiétude n’a encore gagné personne, bien que je me pose des questions. Nous sommes comme dans une bulle vitrée sans reflet, coupés du monde.
Je m’étonne de ne pas être terrifié par la description des lieux que je m’apprête à écrire. Quelqu’un de normal me prendrait pour un fou ou pour un mort, mais les autres n’ont pas l’air surpris par l’endroit. Il y a belle lurette que nous ne sommes plus normaux. Pourtant, je suis serein, apaisé, je me sens protégé des horreurs du monde.
Ici, l’atmosphère est rose.
Le reste, enrobé de pastel.
Désert lunaire,
Oasis de vanille.
Une vaste confiserie stellaire.
La gravité est faible.
Tout est ralenti. Ma montre s’est arrêtée.
Dans une grande cuve, on a fondu le jour et la nuit.
La nature est sucrerie.
Sous les arbres en pain d’épices, au bord des cascades de sirop, nous mangeons des cœurs d’or et fumons des sucres d’orge.
Le silence est rare, nous entendons de doux rires féminins, comme si, buvant du champagne, de charmantes demoiselles trempaient leurs orteils dans un lac de chocolat tiède.
Je suis sous ma tente, je n’ai pas soif, je n’ai pas faim.
Sommes nous arrivés ce matin ?
J’entends un chant.
« Jardin des planètes
La vie en sauce.
Chocolat.
Coke & cigarettes. »
23:15 Publié dans Symphonicides | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écriture, musique, Supertaste, Jardin des planètes, supermariobros 2
13.11.2006
Prenzlaurberg
« Depuis toujours je me sépare de ce que j’aime. »
Maulpoix (L'instinct de ciel)
21:05 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Beirut, Gulag Orkestar