08.10.2009

Say Fiesta

Une fine couche d'argile recouvrait ses mains. Le visage légèrement crispé par l'effort inutile, il comprit qu'il n'avait aucune disposition pour la poterie.
Un ridicule tas de terre glaise gisait devant lui. Il l'avait trituré, malaxé, torturé, mais on extirpe rien du néant si on ne lui donne pas un peu de soi et manifestement, ce jour-là, il n'avait pas d'obole en poche. Il expira.


Dans le bus, il repensait à sa création: un vase d'inspiration chinoise.
"Un enfant de quatre ans m'a fait un plus joli presse-papier", avait-il lu sur le visage de l'animatrice du cours de poterie, lorsque le four avait recraché sa sculpture.
Un échec, encore.
Il n'y retournerait plus, comme il n'était plus retourné au cours de peinture, de poésie, de vidéo, de jardinage, de musique.
Une seule séance lui avait suffi à chaque fois. Il était sans talent.
Un môme brailla. Une poubelle devait digérer.


Déposé par le bus, Topazounov marcha, tête baissée. Las, ses pieds ne laissaient pas d'empreinte.

06.04.2009

Soundkilla

Les mots sont durs,
bruts.

Un mot,
une balle,
un mort.

Qu'il se loge profondément, qu'il rate ou effleure,
il marque.
Rares sont les plaies cicatrisées.

C'est pourquoi, je visse toujours un silencieux devant mes lèvres,
Les mots se projettent cabossés, fatigués,
ils ricochent, édulcorés et amoindris,
filtrés presque étrangers à eux-mêmes,
mais je ne tue plus.

05.04.2009

Brothersport

Sur le trône, dépêchons-nous, le suivant arrive.
Essuyez, avant que les chutes ne les emportent,
nos pensées qui viennent éclore, nénuphars de ce lac souillé.
Hommes enceintes au quotidien, poussez, recueillez avant d'oublier.

Et toque et toque,
Dans l'urgence, tire la chasse et tue, évaporées nos pensées.

04.04.2009

Masquerade

Je me fonds dans le on.
On se fond dedans.

On est laid,
à entendre à lire à prononcer,
à être.

Alors nounousoyonous noblement.

Je ne suis pas seul, puisque nous sommes on.

02.04.2009

I blame Coco

"Mon Dieu! Une pleine minute de béatitude! N'est-ce pas assez pour toute une vie d'homme?..."

Dostoïevski (Les nuits blanches, trad. André Markowicz)

Adaptation de José Lillo, jusqu'au 19 avril au Théâtre de Carouge à suivre sur le blog dudit Théâtre.