04.03.2008

Why can't we be friends

Nos actes ont peut-être du sens, non pas en raison de la finalité de leur destination, mais en raison de l'investissement total - d'une intensité propre à chacun - en vue de leur réalisation.

20.05.2007

For Energy Infinite

J’ai envie d’aimer
Une belle inconnue
Qui s’en ira au matin
Comme le dernier soupir d’un rêve.

13.02.2007

We Used To Vacation

Lorsque mon corps accumule démesurément de la nourriture, il prévoit soit de m’hiberner soit de m’enfanter.

16.11.2006

The Brainwasher

Je me suis assis sur mon lit.
J’avais le front brûlant, la cervelle qui bouillonnait.
Lorsque le monde fulgurant fut aspiré par mes yeux.
Comme une bête, la nuque emporta le reste de ma tête dans un mouvement de retrait.
Respiration bloquée.
L’univers se figea aux portes de mon âme et se remit en place.
Silence.

A l’instant, la canalisation de plastique qui amène mon sang jusqu’au cerveau s’est percée au niveau des tempes. J’entends le liquide chaud gicler sauvagement sur les façades de ma boîte crânienne, je sens ses crachats de haine qui s’écrasent et qui pénètrent la fine chair rose de mon esprit, le défigurant comme de vulgaires impacts de balles sur le mur d’un condamné.
C’est la pression de mon cœur qui me tue. Un ravalement de l’être, façon karsher sanguin.
Je tangue comme un tuyau d’arrosage.

La fumée de mes poumons remonta le long de ma gorge calcinée, s’enroula autour de ma moelle épinière et finit par se condenser au-dessus de mes circonvolutions tel un noir nuage.
Ayant pris l'aspect d’une fine tige d’argent, elle plongea à vif dans mon cerveau, jusqu’en son milieu. De la pointe se déployèrent trois palmes acérées formant une hélice.
La tige se mit à tourner, commença alors la grande charcuterie.

Sueur.
Il y a quelque chose dans la rue. Sale, habillé d’un lourd manteau d’immondices. Il tape du pied sur le bitume, furieusement, jusqu’à le fendre. Il m’appelle. Je tremble de la jambe. Je suis toujours assis au bord de mon lit. J’enfile mes chaussures, je pars.

Courir, la musique explosant les tympans.
Gueuler dans la nuit froide, la bouche ouverte expirant jusqu’au dernier souffle de vie, puis la respiration mécanique laissant pénétrer l’air glacé, subir le choc électrique qui nous ranime.
Le vent siffle entre mes crocs.

03.10.2006

Modern World

Je n’aime pas les préfaces.
Un livre, prose ou vers, c’est un texte autosuffisant, des mots qui se replient sur eux-mêmes en un cercle qui s’ouvre et qui se ferme. S’il nécessite une explication, c’est qu’une page lui a été arrachée, pliée en quatre, peut-être en huit, maintenant placée sous un pied de table, pour caler l’orgueil de l’écrivain.

Je veux être plus qu’un lecteur de livre.
Je veux être un lecteur de choses.
Les objets inanimés ont une mémoire. Ils enregistrent nos émotions, nos sentiments, notre vie, ils nous enregistrent.
S’il suffisait de les toucher pour les écouter.

La marche est une respiration quotidienne, une chambre de réflexion ambulante, une errance dirigée.
Le vélo conjugue la liberté de mouvement et la vitesse surhumaine, c’est un prolongement de notre être enivrant.
La voiture devrait être une longue évasion, une histoire qu’on se raconte et qu’on vit.
Le bateau, l’exotisme, un voyage sans lendemain, les îles hors du temps.
L’avion est mort. Il ne lui reste même plus les ailes de ses héros.
La soucoupe volante, un rêve, un espoir d’aventures comme autrefois.
Ralentissons.

29.09.2006

Is The End Of the World As We Know It

Cela fait quelques mois que je vivais en salle d’attente. Une salle d’attente comme de nombreuses autres salles d’attente. Avec ses murs aux couleurs ternes et usées, ses fauteuils beiges inconfortables placés contre les murs, suffisamment loin les uns des autres de façon à ne pas se sentir obligé d’entamer une conversation, mais suffisamment près pour scruter discrètement les symptômes invisibles de la maladie qui ronge autrui et se rassurer d’être en meilleur santé. Sans oublier sa table basse en vieux bois, autel sacré de ces revues incontournables parcourues d’un œil un peu tendu, un peu exaspéré par le retard du rendez-vous. Ces revues « pour patienter » sont les âmes des salles d’attentes de même que ses tableaux insignifiants, chinés dans un obscur marché d’art en sont la pauvre parure. Il faut croire que l’option « aménagement de la salle d’attente » n’est pas une priorité pour les étudiants des facultés de médecine.

Il n’y a pas d’Enfer, il n’y a pas de Paradis, il n’y a que la Salle d’Attente du Cabinet de Dieu.
J’en étais là de mes observations, lorsque la porte s’ouvrit. Réflexe universel, je levai la tête. Les voix des douces infirmières sont des chants de sirènes, dès qu’elles nous appellent, on se hâte de les rejoindre. Au moment de quitter la salle d’attente, on se retourne une dernière fois comme si on quittait l’anti-chambre de la mort et seulement à ce moment, on voit le petit présentoir sur lequel sont empilées de fines brochures de conseils médicaux ornées par les photos de gens souriants, heureux et vivants.
On suit ces êtres immaculés qui nous font traverser le couloir stérile, ces navigatrices qui viennent nous chercher sur les rives de l’attente. Puis, la lumière blanche et lumineuse.
Et de nouveau l’attente. (Un temps.)

– Bonjour, comment allez-vous ?
– Mieux, beaucoup mieux, merci.
– C’est le grand jour aujourd’hui.
– Oui.
– Vous allez enfin retrouver votre liberté.
– Enfin, oui.
– Bon, enlevé votre chemise, on va voir tout ça. (Un temps.) Bien, penchez vous en avant. Attention, c’est un peu froid. Respirez profondément. (Respirations.) Tout est en ordre, le dos n’a pas subi de graves lésions à cause de la charge. Néanmoins, il vous faudra quand même porter une minerve pendant quelques temps après l’opération, pour redresser votre nuque. On va pouvoir procéder à l’ablation. Vous êtes à jeun ?
– Oui docteur.
– Bien. (Un temps.)
Ah. Vous avez votre autorisation de l’office du redressement des destinées ?
– Oui, tenez.
– Merci. C’est juste pour une vérification. Vous savez, il arrive que des patients demandent à être opérer en se procurant de faux certificats. Autant vous le dire, on ne triche pas avec l’office du redressement. Je n’ose vous raconter ce qu’il arrive aux malheureux qui essayent d’y échapper.
– (oui compréhensif de la tête.)
– Je vois que vous aviez été condamné pour « entrave au bon fonctionnement du destin », « falsification de données concernant le plan de vie », « mise en danger de la sécurité publique » et
« tentative de changement d’avenir personnel ». Trois mois fermes ?
– Oui, c’est long. Après l'opération, je serais encore pendant trois semaines sous liberté surveillée.
– Vous le méritiez quand même. Vous avez beau m’être sympathique, on ne triche pas avec le destin. (Un temps.)
Bon, alors, on l'enlève cette épée de Damoclès ?

24.09.2006

Going to where the tea trees are

Au bord du pont suspendu, au bout de son inachèvement,
Une porte dans le vide, la tombée morne de la vie.

Derrière la fenêtre griffée de pluie, dans ce carré clair bientôt obscurci, le mécanicien vient de s’asseoir, il baille, épuisé.
De son moelleux de cuir, il vagabonde dans le parc de l’asile, adressant son mécontentement aux grands feuillus d’automne, à l’abri sous leurs branches vermeilles.
Il a trop de gonds à huiler, trop de portails en fer forgé à entretenir et puis toutes ces fleurs à arroser, ça prend du temps. Il faudrait un jardinier pour bichonner la pelouse, pour soigner les chênes centenaires. Il n’est plus tout jeune et malgré sa bonne santé, son dos se plaint d’être si souvent courbé et finalement, oui finalement, si on y pense, il n’a jamais été formé pour ça, il n’a jamais vraiment appris. Un jour, on lui a juste demandé s'il avait la main verte. Il n'en savait rien, lui.
On a cru à un silence qualifié.
A ces mots accoutumés, les arbres agitent leurs brindilles en guise d’acquiescement et accompagnant le départ du vieillard détachent quelques feuilles d’amitié.
De retour, le mécanicien enlève sa casquette détrempée, passe sa vieille pogne dans ses quelques cheveux blancs, allume la petite lampe de la commode et se lève, s’extirpant avec peine de son fauteuil, grommelant d’un souffle court. Déposée sous la fenêtre, il prend dans ses mains noueuses une grande clef en argent, puis se dirige vers la cuisine. Là, entre le four et le congélateur, une serrure démesurée décore le mur blanc comme un trompe-l’œil. Profitant de votre étonnement, il y glisse tranquillement la clef. De toutes ses forces, serrant les dents, il la tourne lentement, et dans un grincement, il relève la nuit, petit à petit.

26.08.2006

Guillemots

Je vais devoir mettre encore
quelques pièces dans la machine
pour pouvoir continuer à jouer.


Les arbres rescapés scintillent,
Comme de joyeux sapins d’hivers.
L’astre cadavérique témoin
Ramasse les douilles liquides
Eparpillées sur les feuilles,
Alors que se retirent repues
Dans la poussière grise
Les armées nuageuses.

L’ogre a passé sa rage.

05.05.2006

Dem Gone

On passe sur ces phrases anodines comme on passe sur les trottoirs. Ces phrases qui ne disent rien. Ces phrases inutiles. Ces phrases qui ne chantent pas, qui ne sonnent pas. Et un jour, on s'arrête. « Il déambulait dans la ville. »

Je marchais sans but lorsque j’ouvris les yeux sur le monde. Tout était beau. La lumière, les bâtiments, les arbres, le mouvement, la nature. J’ai un photographe dans la tête. Ma tête est un appareil photo sans pellicule. Découvrir encore et encore, voilà du plaisir.

Alors on tend les doigts dans le vide, on a envie de faire corps avec la nature, que nos atomes se dissocient pour se mélanger avec l’air, avec la neige et la terre, en être le prolongement. En redevant poussières, c’est peut-être là que l’on se sent le mieux. L’homme, une machine moléculaire incomplète qui tend vers la complémentarité de la machine artificielle de métal et d’acier, jusqu’à sa substitution. Je préfère m’endormir sous un arbre, prendre racine au milieu de l’herbe sereine.

Un enregistreur, je suis une cassette sur laquelle on enregistre. Ma vie est un peu un tunnel noir dans lequel j’avance une bougie à la main. J’écris dans la chair mais tout s’oublie, se fane, s’estompe se délave. Tout s’écrit dans ma tête lorsque je marche, chaque pas s'efface. Je ne retrouve que quelques bribes, arrivé chez moi. Je suis une machine à écrire qui frappe dans le vide. Je n’ai plus d’encre, Une cartouche déchargée de poudre et de mémoire.

« Il déambulait dans la ville. » Enfin dans ces phrases se trouvent, serrées, invisibles, des pensées par milliers.

04.05.2006

La gorge rose.

D'énormes ampoules blanches médusent mon esprit, avec leur longue traîne légère, trottinent et s'élèvent dans mon ciel aux piliers de chair.

Et dehors?
Ca racle le béton, c'est agaçant comme une pelle qui n’arrive plus à creuser.
Ce marteau piqueur répugnant dégouline de crachements graveleux.
Derrière le store aux mille pairs d’yeux ?
La lumière d’un jour certainement gris.
Mes circonvolutions râlent.

Quand prendrais-je le temps d'étendre son corps au soleil, les bras en pince à linge pour essorer tout mon amour?

Les lettres ont l’air si maigres comme si elles fondaient, absorbées par le grain du papier.
Je ne les ai pas assez nourries dernièrement.
Un alphabet chocolat.

Depuis le balcon de mon lit, suspendu à quelques lianes de lucidité, on peut voir gangrener à son pied, une ribambelle de papiers froissés, une forêt de fioles empoisonnées et un arctique de bandes dessinées.
Une terre de malades sans déchaînement.

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