16.10.2009
Medicine
La musique taille ce corps balourd, rustre que je porte au quotidien. Elle le drape d'un brin de délicatesse et de grâce. La musique est mon amante. Elle m'insuffle un peu d'esprit, braise un coeur qui me semble chaque jour se refroidir. Elle tempête ardement dans mes entrailles.
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13.10.2009
Sunday
Topanozov était assis contre un mur. Il avait essayé de ramener ses genoux sous son menton, mais ses cuisses peu souples et ses bras paresseux avaient aussitôt abandonner la lutte contre ce ventre grassouillet qui refusait l'oppression d'une once de son royal volume. En plus, cette position lui donnait furieusement envie de pisser. Une fois encore, il était arriver devant ce mur de briques, une fois encore, sans savoir par quelle route. Et comme toujours, il devrait rebrousser chemin. Il se leva, ses pensées continuaient de s'accumuler, cancéreuses et autosuffisantes. Il était loin, lorsqu'il déboutonna son pantalon et contracta sa vessie pour se soulager. Vidé, il fut de nouveau prêt à l'emploi.
19:15 Publié dans De minimis non curat vita | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : moeses, porches corners streetlights
12.10.2009
Animal (mark ronson remix)
Tapazanov entra dans la salle de bain. Il regarda le lavabo. Il était suffisamment l'heure d'aller se coucher. Il regardait son lavabo en polyester et marbre reconstitué. Au lieu de prendre le tube de dentifrice, il pressa sur le loquet qui contrôlait l'évacuation et ouvrit le robinet. Il trempa deux doigts dans la petite marre. Trop tiède. Il augmenta jusqu'à sa limite le débit d'eau froide.
Il avait recréer une cascade dans son lavabo, mais il ne savait pas trop comment. Ces gestes simples, automatismes du quotidien, il ne pouvait les décrire, les expliquer précisément. Il plongea son visage dans l'eau, regarda au fond de son étang. Il n'y avait rien. Tapazanov était fatigué. Fatigué de l'hygiène du monde. Ce n'est pas qu'il aimait la crasse, mais il n'avait plus envie de se brosser les dents, il n'avait plus la force de prendre des douches, il ne voulait plus manger sainement. Le monde était sale, lui, il était trop propre. Il sentit l'écoulement de l'eau froide sur sa nuque.
Expira, ouvrit les yeux, cracha, releva le loquet et ferma le robinet. Il se regarda dans le miroir. Dégoulinant, les cheveux plaqués sur le front, il considérait sa bête figure, pendant que le siphon finissait d'avaler sa pitance. ll se sentait stupide d'avoir eu peur que le lavabo déborde; il aurait dû éponger le sol. Tapazanov eut l'impression de se trouver dans une salle d'autopsie comme il en avait vu à la télévision. Il se sécha, prit le dentifrice d'une main, sa brosse à dents de l'autre.
Couché, il programma son réveil avant de le déposer au pied du lit. Demain serait une longue journée.
01:48 Publié dans De minimis non curat vita | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : miike snow
10.10.2009
Empire state of mind
Tapozounov renifla. La fenêtre de sa chambre était pourtant bien fermée. Petite illusion. La vitre refroidit la paume de sa main. Il passa un doigt autour du cadre. Un filet d'air hivernal se faufilait ici et là entre les joints fatigués de la fenêtre.
Avec son index poussiéreux, il dessina un visage sur la vitre. En face des yeux, il regarda le frêle soleil atterrir sur le sol enneigé.
Il avait passé l'automne dans le brouillard, les arbres étaient maintenant plantés à l'envers. Il vit un ours avancer dans le jardin des voisins. Le plantigrade s'arrêta, leva la tête, sourit et le salua majestueusement de sa large patte. Il s'assit, vaporisant un peu de poudre blanche autour de lui. En tailleur, il entama un brin de conversation avec le bonhomme de neige des enfants. "J'attends avec impatience leur retour, cet après-midi, ils doivent m'apporter un nez et me donner une famille" semblait-il lui dire.
Avec sa manche, Tapozounov balaya la buée sur la vitre, l'ours était parti.
15:54 Publié dans De minimis non curat vita | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jay z, blue print 3, alicia keys
09.10.2009
Polkadot blues
Il avait commencer à pourrir.
Devant son garde-manger, Topouzanov frottait les verres de ses lunettes, mais sa vue restait sale. Le monde était devenu gras. Il rammena de sa cuisine un sachet de plastique qu'il venait mollement d'éventrer et se vautrant sur son canapé, engloutit une poignée de petits salés. Le sachet maintenant éviscéré le regardait s'enfoncer lentement, entre les coussins du canapé.
Un pied émergea, puis le reste d'un corps fatigué. Topouzanov se releva difficilement, quelques miettes chutèrent, libérées des replis de son ventre. La tête lui tournait un peu, ses oreilles chauffaient, il avait froid aux pieds. Il enfila des chaussettes de coton blanc et se glissa sous les draps de son lit. Malade, juste ce qu'il fallait, il aurait aimé posséder une veilleuse à lumière verdâtre. Il se tourna sur le côté, s'emmitouflant dans sa nausée.
Les frottements de sa barbe contre le matelas l'irritaient, ses cils raclèrent le mur sur lequel du coin des lèvres il bavait. Topouzanov se réveilla. La nuit ne lui avait rien apporté, elle ne lui avait d'ailleurs rien repris. La vie continuait sa lente décomposition.
Les vitres étaient recouvertes d'un papier peint gris. Les pieds empantouflés, il s'aventura sur le balcon, s'assit sur sa chaise de jardin. Elle avait la peau blanche, à peine craquelée. Il se remémorait leur rencontre, sous la pluie, un soir. De la rue funeste, il se souvenait l'avoir sauvée, cette vieille chaise abandonnée. Presque souriant, il alluma une cigarette. La fumée lui brûla la gorge, sa bouche pâteuse fut inondée de salive. Il se força, tira sur le filtre; il n'aimait pas gaspiller. Il perdit toute énergie, son bras lourd comme une pelle s'étira pour atteindre le cendrier. Une araignée se déplaçait entre les mégots, froides pierres tombales, comme un crabe sur le sable chaud. Il l' écrasa. L'infortunée vint grossir les rangs des pensionnaires de cet étrange cimetière. Topouzanov n'arrivait pas à se souvenir de tous ces petits instants qu'il y avait enterré, alors il alluma une deuxième cigarette.
Au loin, la douce campagne s'étendait encore un peu endormie. Sans intérêt, Topouzanov s'allongea près de sa chaise, comme un arbre mort, rongé par les insectes, autour du quel, même insolentes, les mauvaises herbes ne pousseraient pas.
02:02 Publié dans De minimis non curat vita | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hudson mohawke
08.10.2009
Say Fiesta
Une fine couche d'argile recouvrait ses mains. Le visage légèrement crispé par l'effort inutile, il comprit qu'il n'avait aucune disposition pour la poterie.
Un ridicule tas de terre glaise gisait devant lui. Il l'avait trituré, malaxé, torturé, mais on extirpe rien du néant si on ne lui donne pas un peu de soi et manifestement, ce jour-là, il n'avait pas d'obole en poche. Il expira.
Dans le bus, il repensait à sa création: un vase d'inspiration chinoise.
"Un enfant de quatre ans m'a fait un plus joli presse-papier", avait-il lu sur le visage de l'animatrice du cours de poterie, lorsque le four avait recraché sa sculpture.
Un échec, encore.
Il n'y retournerait plus, comme il n'était plus retourné au cours de peinture, de poésie, de vidéo, de jardinage, de musique.
Une seule séance lui avait suffi à chaque fois. Il était sans talent.
Un môme brailla. Une poubelle devait digérer.
Déposé par le bus, Topazounov marcha, tête baissée. Las, ses pieds ne laissaient pas d'empreinte.
01:26 Publié dans De minimis non curat vita | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francois virot