09.10.2009
Polkadot blues
Il avait commencer à pourrir.
Devant son garde-manger, Topouzanov frottait les verres de ses lunettes, mais sa vue restait sale. Le monde était devenu gras. Il rammena de sa cuisine un sachet de plastique qu'il venait mollement d'éventrer et se vautrant sur son canapé, engloutit une poignée de petits salés. Le sachet maintenant éviscéré le regardait s'enfoncer lentement, entre les coussins du canapé.
Un pied émergea, puis le reste d'un corps fatigué. Topouzanov se releva difficilement, quelques miettes chutèrent, libérées des replis de son ventre. La tête lui tournait un peu, ses oreilles chauffaient, il avait froid aux pieds. Il enfila des chaussettes de coton blanc et se glissa sous les draps de son lit. Malade, juste ce qu'il fallait, il aurait aimé posséder une veilleuse à lumière verdâtre. Il se tourna sur le côté, s'emmitouflant dans sa nausée.
Les frottements de sa barbe contre le matelas l'irritaient, ses cils raclèrent le mur sur lequel du coin des lèvres il bavait. Topouzanov se réveilla. La nuit ne lui avait rien apporté, elle ne lui avait d'ailleurs rien repris. La vie continuait sa lente décomposition.
Les vitres étaient recouvertes d'un papier peint gris. Les pieds empantouflés, il s'aventura sur le balcon, s'assit sur sa chaise de jardin. Elle avait la peau blanche, à peine craquelée. Il se remémorait leur rencontre, sous la pluie, un soir. De la rue funeste, il se souvenait l'avoir sauvée, cette vieille chaise abandonnée. Presque souriant, il alluma une cigarette. La fumée lui brûla la gorge, sa bouche pâteuse fut inondée de salive. Il se força, tira sur le filtre; il n'aimait pas gaspiller. Il perdit toute énergie, son bras lourd comme une pelle s'étira pour atteindre le cendrier. Une araignée se déplaçait entre les mégots, froides pierres tombales, comme un crabe sur le sable chaud. Il l' écrasa. L'infortunée vint grossir les rangs des pensionnaires de cet étrange cimetière. Topouzanov n'arrivait pas à se souvenir de tous ces petits instants qu'il y avait enterré, alors il alluma une deuxième cigarette.
Au loin, la douce campagne s'étendait encore un peu endormie. Sans intérêt, Topouzanov s'allongea près de sa chaise, comme un arbre mort, rongé par les insectes, autour du quel, même insolentes, les mauvaises herbes ne pousseraient pas.
02:02 Publié dans De minimis non curat vita | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : hudson mohawke
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