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16.02.2007
Cheer It On
Marcher sur la grande route, tout au milieu de la grande route, déserte comme les grandes plaines de la vie. Courir avant d’être avalé – écorché sur le bitume – par la réalité. Depuis quand la terre n’a-t-elle pas respiré sous les décombres de l’humanité, sous le goudron de notre cité ? Se faire saigner au mal, arracher cette peau morte, et hurler dans la rue sourde.
Se sentir vivant encore une fois, rien qu’un instant.
02:28 Publié dans La main coupée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : TOKYO POLICE CLUB
15.02.2007
Yeah We Know You
« Louise Amour entra dans le salon, précédée par son sourire.
Il me sembla aussitôt qu’une lame de couteau délicatement s’enfonçait dans ma poitrine, détourait mon cœur, que deux mains gantées de blanc le saisissaient, le sortaient de sa cage d’os et le faisaient rouler – comme ces ballons en mousse colorée qu’on donne aux enfants en bas âge – aux pieds de la jeune femme sans qu’elle parût s’en émouvoir (à peine un battement de cils, et une lueur d’amusement dans ses yeux, vite réprimée).
Quand elle fut assise sur le divan, son sourire qui ne l’avait pas quittée se déploya autour d’elle en cercles d’or concentriques, légèrement tremblants sur leur bord extérieur et diffusant dans tout le salon une atmosphère de spiritualité aimable dont elle était la source, l’inspiratrice et la souveraine. Je me sentis en la voyant plus pauvre qu’un orphelin. La douceur qui émanait d’elle, de sa chair, de ses vêtements, de ses manières, m’accablait et me comblait tout à la fois. Louise Amour était partout, sur le divan mais aussi dans mon crâne, assise sur les moelleux replis de mon cerveau où elle croisait et décroisait ses jambes. Il n’y avait plus personne au monde. Il n’y avait plus qu’elle seule. Le monde entier venait de s’effacer comme un mot mal orthographié au tableau, sous une éponge tenue par une institutrice aussi rayonnante qu’une déesse. A présent j’allais vraiment apprendre à lire et je commençais enfin à naître, contemplant, avide et terrifié, le visage et le corps d’une géante. Elle était le mal le plus grave qui puisse m’arriver, en même temps que le seul remède à ce mal. »
Bobin (Louise Amour)
14:15 Publié dans Ce que mangent les cancrelats | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Little Barrie, Bobin, Louise Amour
13.02.2007
We Used To Vacation
Lorsque mon corps accumule démesurément de la nourriture, il prévoit soit de m’hiberner soit de m’enfanter.
22:11 Publié dans Feuilles volantes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : COLD WAR KIDS
12.02.2007
Aux nomades de l'intérieur
Ces bras qui traînent derrière moi. Ils ne bougent plus.
Je devrais peut-être les jeter.
Comme ils sont nus, coupés au niveau des épaules, encore chaudes.
Le lit n’est pas fait.
C’est plus vivant une chambre pleine de plis.
Moins stérile, moins froid.
19:55 Publié dans La main coupée | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Rocé, identité en crescendo
07.02.2007
Bang Bang You're Dead
Il y a, je crois, dans ma vie, deux réalités.
La réalité sociale, communautaire, celle créée par nos visions réunies, peut-être fausses.
Ma réalité propre.
Chacune d’elles possède un mode.
Dans la première, je suis actif, j’apprends, je réfléchis, je fais, j’agis, je crée. Je gagne de l’argent, je régis mon quotidien, j’administre mes heures, je rationalise mon être.
Dans la seconde, je suis passif. Je pense, je rêve, je suis indifférent. Je végète, je baigne dans la relativité, la non-représentation de l’univers, l’insensé, le « ah quoi bon ».
Nous naissons dans la première, assurément et parfois nous glissons dans la seconde, progressivement.
Je m’érode comme la terre et dans mes veines coule « soit la folie, soit la mort ».
Cela fait bientôt deux ans et demi que je voyage entre les deux.
Je suis parti ou plutôt j’ai fui cette réalité première dans laquelle j’excellais pour pouvoir supporter les inconvénients qu’elle m’avait imposé. Ce transport initial m’a permis de vaincre ses défis à l’abri des piques de la bêtise. Seulement, j’avais résidé trop longtemps dans cette antichambre du paradis. Je m’y étais accoutumé, et intoxiqué, je devais y séjourner de plus en plus régulièrement. Je ratais une année d’étude. On me tendit une main inquiète qui me ramena de l’autre côté. Cependant la douche n’avait pas été assez froide.
Je réussis les examens de rattrapage.
Comme la plupart des drogués, après cette courte mais salutaire cure, je sombrai à nouveau.
Depuis, je vague, élargissant le passage entre mes deux états.
Et l’ivresse qui tout brouille.
Je me pare de doutes.
Dans quelle jarre réside la vérité ?
Le vieux potier, un peu bourru, la peau ridée par le soleil, assis, loqueteux, sur le tapis de sa vie, un brin mystique à cause du vin bon marché, répondrait de sa voix rogomme que « cette saloperie de vase oriental, faut le façonner soi-même, gamin ».
Les grands mots n’ont plus de sens.
Même aveugle, je ne peux les suivre comme un homme aux yeux crevés.
Entre les deux berges, il n’y a pas de repères, pas de phare.
Reste un équilibre, un fragile équilibre.
23:20 Publié dans Le journal d'Edward Whymper | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Dirty Pretty Things
04.02.2007
Take Sword Pt. 1 (feat. Beretta 9)
Je suis bloqué, quelque part.
Sur la place du cœur une boussole folle m’égare.
Déjà, la gare soupire son dernier train.
Au village, le mécanisme de la grande horloge tourne à vide.
Et la rose se dépose sur le blanc de mes yeux.
18:00 Publié dans La main coupée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : The Rza Presents: Afro Samurai (The Soundtrack)