15.02.2007

Yeah We Know You

« Louise Amour entra dans le salon, précédée par son sourire.
Il me sembla aussitôt qu’une lame de couteau délicatement s’enfonçait dans ma poitrine, détourait mon cœur, que deux mains gantées de blanc le saisissaient, le sortaient de sa cage d’os et le faisaient rouler – comme ces ballons en mousse colorée qu’on donne aux enfants en bas âge – aux pieds de la jeune femme sans qu’elle parût s’en émouvoir (à peine un battement de cils, et une lueur d’amusement dans ses yeux, vite réprimée).

Quand elle fut assise sur le divan, son sourire qui ne l’avait pas quittée se déploya autour d’elle en cercles d’or concentriques, légèrement tremblants sur leur bord extérieur et diffusant dans tout le salon une atmosphère de spiritualité aimable dont elle était la source, l’inspiratrice et la souveraine. Je me sentis en la voyant plus pauvre qu’un orphelin. La douceur qui émanait d’elle, de sa chair, de ses vêtements, de ses manières, m’accablait et me comblait tout à la fois. Louise Amour était partout, sur le divan mais aussi dans mon crâne, assise sur les moelleux replis de mon cerveau où elle croisait et décroisait ses jambes. Il n’y avait plus personne au monde. Il n’y avait plus qu’elle seule. Le monde entier venait de s’effacer comme un mot mal orthographié au tableau, sous une éponge tenue par une institutrice aussi rayonnante qu’une déesse. A présent j’allais vraiment apprendre à lire et je commençais enfin à naître, contemplant, avide et terrifié, le visage et le corps d’une géante. Elle était le mal le plus grave qui puisse m’arriver, en même temps que le seul remède à ce mal. »

Bobin (Louise Amour)

Commentaires

je crois que je vais lire.

Ecrit par : sacripane | 13.04.2007

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