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29.08.2006

Le barbouilleur des Lilas

L’amour, c’est un copeau de chocolat dans du yaourt un peu vanille.

La vie stracciatella :

Ingrédients : Yogourt, sucre, 1,5% copeaux de chocolat, protéine de lait, sirop de glucose, amidon de tapioca, amidon modifié, épaississants (E440, E412), arôme, correcteur d’acidité acide citrique.

Ma peau est le cimetière où j’enterre mes émotions.
Les failles noires de sang mort qui la parcourt sont les pierres tombales de mes états. En passant la main aveugle sur ces entailles froides, on lit les vestiges hurlant de ma vie.

Il est grand temps que je me barbouille le corps de yaourt.


Mots restant: gésir, plongeon, lac, fosse, braille, baume, recette.

26.08.2006

Guillemots

Je vais devoir mettre encore
quelques pièces dans la machine
pour pouvoir continuer à jouer.


Les arbres rescapés scintillent,
Comme de joyeux sapins d’hivers.
L’astre cadavérique témoin
Ramasse les douilles liquides
Eparpillées sur les feuilles,
Alors que se retirent repues
Dans la poussière grise
Les armées nuageuses.

L’ogre a passé sa rage.

I Killed My Best Friend

« Il faut imaginer ça. Un train lancé dans une course furieuse sur deux lames de fer, et dans ce train un petit coin d’immobilité magique minutieusement découpé par le compas d’une petite flamme. La vitesse du train et la fixité du livre éclairé. L’éternellement changeante multiformité du monde tout autour, et le microcosme pétrifié d’un œil qui lit. Comme un noyau de silence au cœur d’une détonation. Si l’histoire n’était pas vraie, si ce n’était pas la vraie histoire, on pourrait se dire : c’est juste une jolie métaphore exacte. Au sens où peut-être, toujours, et pour tout le monde, lire ce n’est jamais que fixer un point pour ne pas se laisser séduire, et détruire, par la fuite incontrôlable du monde. On ne lirait pas, rien, si ce n’était par peur. Ou pour renvoyer à plus tard la tentation d’un désir destructeur auquel, on le sait, on ne saura pas résister. On lit pour ne pas lever les yeux vers la fenêtre, voilà la vérité. Un livre ouvert c’est toujours la présence assurée d’un lâche – les yeux cloués sur ces lignes pour ne pas se laisser voler le regard par la brûlure du monde – les mots qui l’un après l’autre poussent le fracas du monde vers un sourd entonnoir par où il s’écoulera dans ces petites formes de verre qu’on appelle des livres – le moyen le plus raffiné de battre en retraite, voilà la vérité. Une obscénité. Et cependant : la plus douce. »

Alessandro Baricco (Châteaux de la colère)

24.08.2006

They Shoot The Horses Don't They

L’écriture me déséquilibre.

La frontière s’amenuise,
Elastique.
Un vase qui se vide dans un vase qui se vide.

Je ne prends rendez-vous qu’avec le hasard.

Je suis monautomnale.

«Un homme qui dort»?

23.08.2006

Death On The Stairs (new recording)

« A UN AMI

Mon ami, vous me demandez si je pourrais retrouver quelques-uns de mes anciens vers, et vous vous inquiétez même d’apprendre comment j’ai été poète, longtemps avant de devenir un humble prosateur.
Je vous envoie les trois âges du poète – il n’y a plus en moi qu’un prosateur obstiné. J’ai fait les premiers vers par enthousiasme de jeunesse, les seconds par amour, les derniers par désespoir. La Muse est entrée dans mon cœur comme une déesse aux paroles dorées ; elle s’en est échappée comme une pythie en jetant des cris de douleur. Seulement, ses derniers accents se sont adoucis à mesure qu’elle s’éloignait. Elle s’est détournée un instant, et j’ai revu comme en un mirage les traits adorés d’autrefois !
La vie d’un poète est celle de tous. Il est inutile d’en définir toutes les phases. Et maintenant :

Rebâtissons, ami, ce château périssable
Que le souffle du monde a jeté sur le sable.
Replaçons le sopha sous les tableaux flamands...*
»

Nerval (Petits Châteaux de Bohème)

* Vers d'Arsène Houssaye

21.08.2006

Life In A Glass House

Je suis mort le 24 juin 2000,
avalé par mon matelas.

Seuls témoins, mes électrodes musicales gisaient sous la langue caressante de mon drap, injectant, indifférentes, dans le silence de ma chambre endormie mes berceuses somnifères.
Digéré pendant les longueurs acides de la douce nuit, j’étais maintenant une tranche de pain toastée, errant autour de la terre, satellite de farine et de blé.
Dans ma lente révolution, je scrutais le monde, je le voyais naître, je le voyais mourir et je tournais inlassablement.
Les grappes de lumières qu’il m’arrivait par hasard d’attraper suffisaient à me nourrir.
L’intérieur de ma tête n’était plus qu’un amas de galaxies, une cigarette percutant gentiment une pomme de terre noire vêtue d’une guirlande de Noël, autant dire du vide contemplatif.

Puis, les éboueurs du rêve démarrèrent en trombe leur camion. Fuyant Aurore, ces voleurs me laissèrent, esseulé, dans un lit de déchets nocturnes. Je sortais de ce tombeau métallique, un grain de sommeil au coin des yeux, alors que pétardait au loin un pot d’échappement.

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