02.05.2006
Black Hole Sun
Lorsque je rencontre un nouveau livre, je commence toujours par l’effeuiller de son parfum. Les narines presque collées au coin supérieur des pages, laissant un minuscule espace entre le nez et le papier où jouent le désir et l’interdit, des deux mains je tiens fermement le livre, d’un pouce je fais défiler les pages suffisamment rapidement pour en extraire, transporté par une légère et douce brise, l’odeur de colle mêlée à celle du papier. Enivré. Les pages se déposant gracieusement les unes sur les autres, le livre chuchote, il nous parle.
Le goût du retour,
Ce goût amer
Qui vous endors le cœur
Qui vous endors le corps,
La nostalgie des sons,
Le souvenir mélancolique instant
Flou et fort.
La nausée du retour,
Tout quitter, repartir
La pollution, le gris,
Et on s’endort et on s’oublie.
Tout brouille, tout grouille.
Dans cette maison de toile
S'écoulant entre les mains,
Le sonnet sans fin.
Je marchais, il neigeait encore, sous cette fine pluie, devant moi s’offrait une longue rue vierge, tapis blanc de poudreuse, et la lumière naissait, c’était l’aube. Quand deux feux d’artifices retardataires éclatèrent comme des coups de pistolets dans un ciel presque sombre. Je titubai de droite à gauche puis m’effondrai sur le dos dans un duvet de plumes. Etendu, à moitié enseveli dans la neige chatouillant mes joues, j’avais mal au côté droit du bas ventre. Le sang mêlé à la neige est une très belle couleur. Bientôt la neige me recouvrait complètement, les yeux fermés, toupille tournante, gyrophare muet tombé dans le vide éternel, je m’endormis enveloppé de mon dernier manteau. Qui me souleva, qui retira le couvercle de ma tombe, m’exhumant à mon insu? Debout, la poudre blanche glissant de mon corps comme des feuilles mortes, je ne leur dirai rien, ni remerciement, ni sourire, mes deux fossoyeurs comprendraient mon regard et disparaîtraient ombres comme moi à leur quotidien.
J’ai retrouvé Blanche Neige.
Toujours aussi accueillante, cette charmante dame blanche.
Chez elle, j’ai passé sans problème la soirée.
Nuit blanche et croissant.
L’unique soirée où j’ai décidé de ne pas m’abandonner dans l’ivresse. Une seule nuit pendant laquelle ils ont profité de ma faiblesse pour rouvrir ce livre. Allongé dans le lit, la gorge sèche, transpirant sous ces couvertures, se retournant incessamment. La fenêtre fermée, l’air asphyxié. L’impossibilité de réagir. Tout a été réunis pour l’exhumation de ce livre. Je l’ouvre et défilent devant mes yeux sans paupières toute la noirceur tout le passé enfouis tous ces gens malheureux, tous ces moments pénibles. Ce n’est que le début, les morts exhortant les morts. Ils viennent, ils vont tous venir cette nuit. Cette nuit où j’ai décidé de ne pas sortir.
Presque couchés dans cet immense canapé moelleux,
Emmitouflés sous une large couverture à carreaux,
Sa tête déposée sur mon ventre,
Je regarde ce feu de cheminée.
Le crépitement, chant du bois mourrant,
Rire joyeux des braises,
Secret susurré des cendres noires.
Les flammes dansantes,
Fantômes colorés,
Désarticulés, m’envoûtent.
A tailler de nos carres les flancs de sa chair,
Dunes blanches de sables sucrés,
Elle pleure, fine poussière de cristal,
Pluie de paillettes poudre de froid.
Sa langue douce et lisse
Glisse vent bleu glacé
Au milieu des aroles je m’arrête.
De son épaule nue je vois les ombres
D’un soleil pâle s’étreindrent.
Feuilles de thé, biscuits de cannelle
Bois de senteur, ivresse d’hivers.
00:55 Publié dans Feuilles volantes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Poésie
Commentaires
Tu sais quoi ? plus je te lis, plus je suis fan
(et plus j'ai envie de te taper aussi ).
Ecrit par : estelle | 03.05.2006
amour/haine.
classique....
:)
Ecrit par : Raskolnikov | 03.05.2006
pas haine
- jalousie -
classique aussi...
Ecrit par : estelle | 04.05.2006
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