08/08/2012

Malaguena salerosa

Je les ai longtemps regarder, les hommes, persuadé de les avoir saisi pour finalement les mépriser.

Sûr de n'avoir plus rien à découvrir du monde, d'avoir déjà fait le tour, comme si j'étais le seul ayant compris la vacuité de la vie.

La curiosité m'avait abandonné.

Apprendre, le comblement risible d'une fosse, tel un collectionneur obsessionnel de papillons séchés.

Comme si j'étais le seul, immobile, à attendre, sans m'agiter bêtement, entravé dans cette toile d'araignée; lucide, à garder mon énergie pour caresser les beaux instants.

Je ricanais doucement alors qu'ils essayaient de jongler avec leur vie, assis sur le bord, oisif, la mienne posée tranquillement à mes côtés.

On me démasque, je me lève, somnolant, marchant un pas dans leur monde, un pas dans le mien, et me rassois.

La clarté du raisonnement, les certitudes jamais acquises, tout s’érode, tout se dissout.

Rebâtir à nouveau le château de sable de notre pensée.

 

 

18/07/2012

Devil in a suit

Dans mon cas, j'aimerais écrire un livre se traduit par être publié, être reconnu unanimement par la critique et le public, être vendu mondialement, gagner beaucoup d'argent et arrêter mon travail instatisfaisant.

Mais pour faire quoi? En tout cas pas écrire, je n'ai rien à dire.

 

Overtime riddim

C’était ce genre de journées qui ne servent à rien.

Les heures d’attente qui s’égrainent délavant le sens de toutes activités jusqu’à en nier leur fonction de comblement insipide.

Il faut attendre sans rien commencer, ne pas quitter les lieux, ne pas mettre en retard le départ.

Vautré sur le canapé, même les programmes de télévision, d’habitude propices à la non-réflexion, ne parviennent à vider le temps de sa substance.

Consulter l’horloge de son téléphone portable, vérifications mentales des bagages, quelques pas, ouvrir, refermer, amener la valise jusqu’à la porte d’entrée de l’appartement, se regarder dans une glace, quelques pas, manger, se rallonger sur le canapé, ne pas vouloir sortir l’ordinateur portable de la valise, changer de programme télévisuel, consulter l’horloge de son téléphone portable, suer légèrement, râle intérieur.

Enfin, la serrure grince, les oreilles se redressent, le corps se fige et lorsque le bruit de la porte se refermant lourdement nous parvient, on s’affole.

L’attente est terminée.

Il est arrivé.

Tout est prêt pour le départ.

On part.

 

31/01/2011

Digestion

Celui qui ne s'ennuie pas de ses pensées et qui est capable de les dompter pour en extraire plus qu'un maigre jus insipide.

Celui qui s'aveugle devant l'effort, poursuit la justesse pour présenter ce qui ne peut être ri, ce qui ne peut être pleuré et nous le rendre.

Celui qui, malgré les illusions joue.

Celui qui ne se perd pas.

Celui qui.

Celui.

Ce.

C.

.

 

08/07/2010

10 mile stereo

Vu d'en haut, on pouvait sûrement m'apercevoir. Je levais la tête. Pour ce faire, j'avais contracté un muscle dont j'ignore le nom et l'emplacement, j'agissais donc d'instinct, pourrait-on dire. De ce fait, les yeux que je n'avais pas derrière la tête se sont baissés comme pour regarder mes talons, en même temps que mon menton s'était étiré vers le ciel. Ma tête, en position de loup, romantique qui hurle à la lune maudite, j'aurais du s'il avait été possible, en plaçant une main sur ma nuque, l'autre sur mon front, la dévisser dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et tendre mes bras au-dessus de mon cou dénudé, afin de pouvoir véritablement la lever et ainsi justifier l'expression de mon souvenir.

Je me forçais à fixer un rectangle de bleu, tout en sachant que si mon regard s'en échappait, il serait instantanément foudroyé par l'astre gardien du beau temps. Je suis l'origine du monde, contemple moi vulgaire ver de terre plutôt que de te trémousser. Non seulement, tu ne le pourras, mais en plus tu seras chatié pour cela. Je transpirais de penser et de maintenir mon regard dans une zône dégagée. Alors j'imaginais que depuis un hélicoptère, on pourrait sûrement m'apercevoir et que moi je pourrais deviner le soleil caché derrière l'hélicoptère, certainement en plaçant une de mes mains perpendiculairement contre mon front. Et le pilote me verrait, perdu au milieu d'une vaste forêt de ces arbres minces, longilignes et blancs. Il verrait un sol blanc lui aussi, craquelé, sec et une tache rouge comme la couleur de mon sac à dos. Alors je fermerais les yeux fortement en serrant les dents, un peu pour me protéger du vent généré par les hélices, un peu géné par la poussière blanche détachée de la main que j'avais postée contre mon front.

En effet, j'avais marché un moment dans cette forêt d'arbres blancs et mes mains en les frolant avaient enfilé des gants immaculés, éphémères. J'avais la gorge sèche, plus d'eau et j'espèrais qu'un hélicoptère passe.

Maintenant je traînais mes pieds, comme si nu j'avançais sur du sable brûlant, au milieu d'une forêt d'éoliennes de petite taille. Les yeux me piquaient de mille petites aiguilles et je plaignais les voitures dont les essuies-glaces usés égratinent les jours de pluie le pare-prise. Rouvrant les yeux, je m'aperçus que les éoliennes n'étaient que des ventilateurs. Ce genre de gens qui tournent à cent quatre-vingt degrés semblant souffler un air frais et neuf alors qu'ils ne font que vous assècher. Je les débranchais simplement un à un, baissant le dos afin que la main de mon bras étiré puisse atteindre le sol d'où sortait les câbles d'alimentation. Après avoir déraciné presque un peuple, j'arrivais à la plage.

C'était une plage privée, uniquement les propriétaires avaient le droit de s'y promener, à l'exception des marins pour autant qu'ils présentent leur carte de membre de l'océan. Je discutais avec le diable. C'était une étrange personne qui se faisait appeler ainsi car son ombre avait la surprenante faculté d'effacer les traces de ses propres pas. Il vendait des ballons, il se baladait le long de la plage avec ces milliers de ballons. Un petit commerçant en fait. Il disait que lorsque ses ballons explosaient, quelque chose nous était révélé et ensuite on pouvait mourir tranquillement. Il vendait aussi des souhaits, des maquettes à peindre, des costumes de bain cousus selon lui avec du fil de peau humaine, ce qui permettait en plus de pouvoir se baigner sans mouiller ses habits, de vivre la vie d'un autre et avec un peu de chance de posséder des pouvoirs surhumains. certaines peaux ayant appartenu à des créatures mystiques. Conquis, je lui en achetai un, payant avec le peu que j'avais sur moi et plongeai dans l'eau. Alors, je commençai à me dissoudre.