31.01.2011
Digestion
Celui qui ne s'ennuie pas de ses pensées et qui est capable de les dompter pour en extraire plus qu'un maigre jus insipide.
Celui qui s'aveugle devant l'effort, poursuit la justesse pour présenter ce qui ne peut être ri, ce qui ne peut être pleuré et nous le rendre.
Celui qui, malgré les illusions joue.
Celui qui ne se perd pas.
Celui qui.
Celui.
Ce.
C.
.
23:32 Publié dans Feuilles volantes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08.07.2010
10 mile stereo
Vu d'en haut, on pouvait sûrement m'apercevoir. Je levais la tête. Pour ce faire, j'avais contracté un muscle dont j'ignore le nom et l'emplacement, j'agissais donc d'instinct, pourrait-on dire. De ce fait, les yeux que je n'avais pas derrière la tête se sont baissés comme pour regarder mes talons, en même temps que mon menton s'était étiré vers le ciel. Ma tête, en position de loup, romantique qui hurle à la lune maudite, j'aurais du s'il avait été possible, en plaçant une main sur ma nuque, l'autre sur mon front, la dévisser dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et tendre mes bras au-dessus de mon cou dénudé, afin de pouvoir véritablement la lever et ainsi justifier l'expression de mon souvenir.
Je me forçais à fixer un rectangle de bleu, tout en sachant que si mon regard s'en échappait, il serait instantanément foudroyé par l'astre gardien du beau temps. Je suis l'origine du monde, contemple moi vulgaire ver de terre plutôt que de te trémousser. Non seulement, tu ne le pourras, mais en plus tu seras chatié pour cela. Je transpirais de penser et de maintenir mon regard dans une zône dégagée. Alors j'imaginais que depuis un hélicoptère, on pourrait sûrement m'apercevoir et que moi je pourrais deviner le soleil caché derrière l'hélicoptère, certainement en plaçant une de mes mains perpendiculairement contre mon front. Et le pilote me verrait, perdu au milieu d'une vaste forêt de ces arbres minces, longilignes et blancs. Il verrait un sol blanc lui aussi, craquelé, sec et une tache rouge comme la couleur de mon sac à dos. Alors je fermerais les yeux fortement en serrant les dents, un peu pour me protéger du vent généré par les hélices, un peu géné par la poussière blanche détachée de la main que j'avais postée contre mon front.
En effet, j'avais marché un moment dans cette forêt d'arbres blancs et mes mains en les frolant avaient enfilé des gants immaculés, éphémères. J'avais la gorge sèche, plus d'eau et j'espèrais qu'un hélicoptère passe.
Maintenant je traînais mes pieds, comme si nu j'avançais sur du sable brûlant, au milieu d'une forêt d'éoliennes de petite taille. Les yeux me piquaient de mille petites aiguilles et je plaignais les voitures dont les essuies-glaces usés égratinent les jours de pluie le pare-prise. Rouvrant les yeux, je m'aperçus que les éoliennes n'étaient que des ventilateurs. Ce genre de gens qui tournent à cent quatre-vingt degrés semblant souffler un air frais et neuf alors qu'ils ne font que vous assècher. Je les débranchais simplement un à un, baissant le dos afin que la main de mon bras étiré puisse atteindre le sol d'où sortait les câbles d'alimentation. Après avoir déraciné presque un peuple, j'arrivais à la plage.
C'était une plage privée, uniquement les propriétaires avaient le droit de s'y promener, à l'exception des marins pour autant qu'ils présentent leur carte de membre de l'océan. Je discutais avec le diable. C'était une étrange personne qui se faisait appeler ainsi car son ombre avait la surprenante faculté d'effacer les traces de ses propres pas. Il vendait des ballons, il se baladait le long de la plage avec ces milliers de ballons. Un petit commerçant en fait. Il disait que lorsque ses ballons explosaient, quelque chose nous était révélé et ensuite on pouvait mourir tranquillement. Il vendait aussi des souhaits, des maquettes à peindre, des costumes de bain cousus selon lui avec du fil de peau humaine, ce qui permettait en plus de pouvoir se baigner sans mouiller ses habits, de vivre la vie d'un autre et avec un peu de chance de posséder des pouvoirs surhumains. certaines peaux ayant appartenu à des créatures mystiques. Conquis, je lui en achetai un, payant avec le peu que j'avais sur moi et plongeai dans l'eau. Alors, je commençai à me dissoudre.
05:50 Publié dans Les Chantiers orientaux | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : beach house
02.07.2010
Here she comes
Le goût de l'instant qui déclenche un court sentiment distrayant, un écho de vie.
05:31 Publié dans La main coupée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : maikal x
29.06.2010
4th of july
Sous le ciel ailleurs, humide et lointain.
Un homme crachote à l'abri dans son carton.
Sous la lune électrique, grouillante et sale.
Suintent de ses rides les déceptions d'une vie.
Sourire édenté, tarin écrasé ongles fissurés,
Il porte son éternel costume pitié et souillure.
Dans cette ruélle étroite, rouge et fer ébriquée.
Sous une couche de vieux papiers, le sol est dur et froid.
Un homme agite ses doigts de pieds. Il parle avec les fourmis.
Un point de lumière dans le ciel flou passe. Une bouteille chavire.
Les fourmis se noient dans une flaque de sang tiède et mauvais.
Pas une fleur n'y sera jetée, peut-être une feuille morte égarée.
Mais jaillit libre d'une grille, le souffle de la bête souterraine.
Les étoiles du bout de la ruelle s'éteignent peu à peu.
Les poubelles transpirent légèrement, le grésillement céleste s'affaiblit.
La terre tremble déjà sous les pas des armées lointaines, les sonneries grognent.
L'enjoliveur resplendit maintenant à son firmament, enveloppé de son châle sombre.
Des pigeons picorent les miettes, les récoltes sont maigres entre les déchets.
Grisaille bleu ciel d'un quatre juillet,
Au milieu des câbles optiques l'épouvantail respire à peine,
Et le dernier des romantiques ploie dans la chaleur du progrès.
04:52 Publié dans La main coupée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kelis, calvin harris remix
24.06.2010
Spreadsheets
On était monté au sommet de la colline. On c'était Basil et moi, la colline c'était l'unique building de cette ville complétement plate qui m'avait vu naître.
En 67, le maire avait décidé de confier au plus célébre et important citoyen de la ville, l'artiste Marno Scope le soin de dessiner le premier immeuble à étages multiples du pays.
Scope était connu pour uriner tous les jours de la semaine par la fenêtre de sa maison.
Un matin de gueule de bois, comme il confondait les cuvettes de ses toilettes et le cadre de la fenêtre qui donnait sur la rue, il fut surpris par le facteur qui choqué l'invectiva. L'artiste répondit, ponctuant ses mots de relents d'alcool pas cher, que si il arrosait de sa royale pisse le triste bitume tous les foutus jours de sa vie, il ferait pousser un arbre. Heureux de sa répartie matinale, Scope se promit d'entretenir cette nouvelle tradition.
Si les voisins le toléraient et ne grinçaient des dents que silencieusement lorsqu'un badaud offusqué insultait Scope alors en pleine vidange quotidienne, ce n'était pas pour l'espièglerie de ses réponses dont les plus fameuses sont aujourd'hui sues de tous: "Encore un qui n'a jamais vu Dieu créer." "Désolé Madame, je pisse uniquement sur le trottoir pas sur celles qui le font." "Pisse pisse pisse pousse pousse pousse petit épicéa." "Un peintre teste toujours son pinceau et ses couleurs avant de se mettre à l'oeuvre." "Dans quel pays vit-on si on ne peux plus s'entraîner pour les championnats d'écriture de prénom dans la neige." "Mon arbre poussera. La preuve: dans les égoûts poussent des fôrets entières." mais seulement parce que la rue voyait défiler depuis longtemps de riches étrangers qui venaient visiter l'atelier de Scope ou essayer de lui acheter une toile et qui par leurs séjours réguliers faisaient vivre la ville.
Le vingt-deux juin 68, la construction commença, le douze avril 75, la construction fut achevée. Le treize, Scope se jeta du quatrième et plus haut étage du pays.
- Pourquoi on l'appelle la colline, me redemanda Basil, le regard flottant au loin, essayant de percevoir au-delà du gris brumeux de la ville.
- Parce l'immeuble est vert et qu'il est grand par rapport aux autres immeubles de la ville et donc de loin quand tu arrives en ville, tu crois voir une colline.
- Mais pourquoi on n'a pas fait d'autres immeubles aussi grands ou plus grands encore?
- Parce que la construction de la colline a couté très cher et que depuis, la ville n'a plus d'argent pour construire des building, elle n'a plus d'argent pour rien.
- Non pas cette histoire! Raconte celle du maire qui jette l'artiste par la fenêtre du quatrième!
- Encore!? Bon, mais après on s'en va.
- Oui oui!
Le jour de l'inauguration toute la ville s'était amoncelée au pied de l'immeuble, alors que Scope et le maire, après avoir présenter leur oeuvre, étaient montés seuls au quatrième étage de l'immeuble afin de baptiser ce dernier comme on le fait pour les bateaux. On raconte que Scope, ayant séché la bouteille de champagne prévue pour le baptême, ouvrit la fenêtre, baissa son pantalon et se soulagea sur l'immeuble et sur la foule.
Nul ne sait comment ni pourquoi, mais l'urine de Scope avait quelque peu modifié la couleur de l'immeuble. En effet, une fine ligne verte était apparue sur la façade, parcourant cette dernière du sol jusqu'au dernière étage, comme si un arbre venait de pousser.
Le maire, furieux de voir sa fierté souillée publiquement, aurait alors poussé l'artiste dans le vide.
D'autres soutiennent que Scope aurait sauté de lui même s'étant apperçu qu'il avait terminé la dernière oeuvre de sa vie et même qu'il souriait et rigolait dans sa chute tout en crachant sur les gens. Toujours est-il que le maire fut emprisonné et mourut quelques mois plus tard dans sa cellule sans n'avoir jamais prononcé un seul mot depuis la mort de l'artiste. En hommage à Scope et pour contrer la malédiction qui s'était abattue sur la ville, l'immeuble fut repeint entièrement en vert. Pour autant, cela ne fit pas revenir les riches étrangers.
- C'est pour ça que les vieilles frémissent et se signent lorsqu'elles doivent passer devant la colline, hein dit? Parce c'est un endroit maudit!?
- Viens maintenant, descendons avant que des flics ne viennent nous emmerder.
04:51 Publié dans Les Chantiers orientaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : built by animals